Manus lève 500 M$ malgré le veto de Pékin contre le rachat par Meta
Première levée de fonds de Manus depuis l'annulation du rachat par Meta : plus de 500 millions de dollars. Les investisseurs semblent peu freinés par le veto de Pékin, mais la rentabilité reste à démontrer.
La start-up d'agents IA Manus a levé plus de 500 millions de dollars, sa première levée depuis que Meta a dû renoncer à l'acquérir. Son entreprise mère, Butterfly Effect, l'a annoncé jeudi 8 octobre. Le tour est mené par Boyu Capital et IDG Capital. Les actionnaires existants Tencent, HSG et ZhenFund y participent, selon CNBC et Quartz. Silicon Republic cite plutôt Sequoia China à la place de HSG : les sources divergent sur ce point.
Une valorisation non confirmée
Manus n'a pas communiqué sa valorisation. Selon CNBC, Bloomberg avait rapporté le mois dernier qu'elle doublerait pour atteindre 4 milliards de dollars, ce qui ferait de Manus le premier acteur chinois des agents IA en valeur.
« Cette levée montre que les retombées à court terme de l'affaire Meta ont été contenues et que les investisseurs sont prêts à soutenir Manus en tant qu'entreprise indépendante », estime Dan Wang, directeur Chine d'Eurasia Group (CNBC, traduction).
Un divorce imposé par Pékin
Lancée début 2025 en Chine, Manus avait déplacé ses équipes à Singapour après le soutien du fonds américain Benchmark. Meta avait annoncé son rachat, estimé à plus de 2 milliards de dollars, en décembre. D'après Quartz, l'opération s'était finalisée le 29 décembre 2025. En avril, la Commission nationale du développement et de la réforme (NDRC) a ordonné son annulation, au nom des règles sur les investissements étrangers. Quartz y voit un message : une domiciliation à l'étranger ne protège pas un accord quand la technologie et les talents viennent de Chine, ce que les critiques appelaient le « Singapore washing ».
En août, Manus a annoncé reprendre une activité indépendante, ce qui a impliqué la suppression d'une partie des données d'utilisateurs, selon Reuters cité par Quartz et Silicon Republic. Depuis, la société a présenté Manus 2.0, fondé sur un système d'exécution maison nommé Cascade, ainsi que Cue, une application où chaque agent dispose de sa propre adresse e-mail, de son numéro de téléphone et d'un portefeuille mobile.
Des défis encore ouverts
Côté chiffres, Quartz rapporte, d'après Reuters, que The Information évoquait en juin un revenu annualisé d'environ 500 millions de dollars, contre 100 millions à la clôture du rachat.
« La tâche immédiate de Manus est de prouver son échelle, sa rentabilité et sa conformité réglementaire », juge Han Lin, directeur Chine de The Asia Group (CNBC, traduction). Une introduction en Bourse reste possible, mais passerait d'abord par une refonte de l'activité et de l'actionnariat, selon les analystes.
Reste l'héritage de la collaboration. Meta a lancé début septembre son propre agent, Muse, inspiré du projet open source OpenClaw. Pour Matthias Hendrichs, conseiller basé à Singapour, l'intégration étroite « ne disparaît pas » avec l'annulation : « on peut séparer des entreprises, mais on ne peut pas faire oublier leur savoir aux ingénieurs » (Silicon Republic, traduction).