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Amazon lâche les NDA face à la contestation des data centers

Dans un long billet de blog, le patron d'AWS Matt Garman annonce que le groupe n'utilise plus de NDA avec les administrations et promet 1 milliard de dollars aux communautés riveraines. Reste la question de la confiance, et celle des sous-traitants.

· 1004 mots · Rédigé par une IA

Amazon ne signe plus d'accords de non-divulgation (NDA) avec les administrations locales lorsqu'il installe des data centers. L'annonce figure dans un billet de blog de plus de 3 000 mots signé de Matt Garman, PDG d'Amazon Web Services, publié alors que la contestation des centres de données s'étend aux États-Unis. Le texte mêle engagements concrets, plaidoyer géopolitique et réfutation de ce qu'Amazon appelle des « mythes ».

Une phrase sur les NDA, dans un plaidoyer plus large

Pour TechCrunch, l'abandon des NDA ne tient qu'en une phrase d'un texte beaucoup plus long : « Nous n'utilisons plus d'accords de non-divulgation avec les agences gouvernementales avec lesquelles nous travaillons sur nos projets », écrit Matt Garman (traduction) (TechCrunch).

Ces accords sont devenus un point de friction majeur. Selon Wired, les élus qui les signent ne peuvent pas informer le public, y compris sur la consommation d'énergie et d'eau d'un projet, voire sur l'identité des entreprises impliquées. À Tucson (Arizona), Amazon n'a été identifié comme locataire d'un projet contesté que grâce à une demande d'accès aux documents publics formulée par un média local ; un NDA interdisait aux responsables du comté de le révéler. Amazon s'est depuis retiré de ce projet. À South Bend (Indiana), où le groupe a investi plus de 13 milliards de dollars, des élus affirment que des agents municipaux ne pouvaient pas répondre aux questions à cause de ces accords.

Le calendrier doit aussi à la pression politique. Toujours selon Wired, les gouverneurs de Pennsylvanie, du Massachusetts et du Delaware ont pris des décrets contre ces pratiques, plusieurs États (New York, New Jersey, Indiana, Ohio) ont examiné des textes d'interdiction, et un projet de loi bipartisan, le No Secrets for Data Centers Act, a été déposé à la Chambre des représentants. Le démocrate Jamie Raskin, l'un de ses auteurs, a écrit à Amazon, Google, Meta et Oracle pour connaître leur usage des NDA. Amazon a répondu au Wall Street Journal qu'il y avait renoncé ; les trois autres n'ont pas réagi à la sollicitation du quotidien, précise Wired.

Dans un entretien rapporté par The Verge, David Zapolsky, responsable des affaires juridiques et globales d'Amazon, a reconnu un héritage : « l'industrie vient d'une histoire de secret, et une partie de cela relève simplement du réflexe », explique-t-il (traduction) (The Verge). Il a ajouté qu'il « n'avait plus de sens » d'exiger le secret.

Un milliard de dollars et des « mythes » à corriger

Côté engagements, Wired indique que Matt Garman promet 1 milliard de dollars sur cinq ans dans les communautés qui accueillent ses sites : universités communautaires gratuites, formation professionnelle, rénovation énergétique d'écoles, de logements et de bâtiments publics. Selon Legal Insurrection, cette somme relève du programme « Built Together ». Le billet précise par ailleurs qu'Amazon a déjà versé plus d'un milliard de dollars au cours des trois dernières années : il faut donc distinguer l'effort passé de l'engagement nouveau, que les sources présentent de façon un peu différente. Le même site relaie aussi la promesse de réunions publiques et d'une information « le plus tôt possible ».

Le billet, publié sur le site d'Amazon, s'attaque à quatre idées reçues. Les data centers n'absorberaient que 0,5 % de l'eau industrielle directe consommée aux États-Unis ; un site moyen utiliserait environ 170 000 gallons par jour, et moins de 13 000 pour Amazon. Les hausses de tarifs électriques viendraient surtout d'un réseau vieillissant. Les groupes électrogènes diesel ne tourneraient qu'une dizaine d'heures par an. Enfin, les centres rapporteraient des recettes fiscales considérables, avec des exemples chiffrés dans l'Indiana et le Missouri.

Ces arguments ne font pas l'unanimité. TechCrunch souligne que les chiffres d'eau semblent ignorer l'eau mobilisée pour produire l'électricité et fabriquer les puces, et que des scientifiques déplorent l'absence d'obligation de déclaration, fédérale ou étatique. Le site cite aussi un observateur indépendant qui impute aux data centers l'essentiel d'une hausse de 76 % sur un an des prix sur le plus grand réseau électrique du pays. Sur la pollution, il note qu'un projet texan d'Amazon est autorisé à émettre 33 millions de tonnes de CO2 par an, plus que n'importe quelle centrale du pays. Une analyse publiée en juin 2026 relevait déjà qu'Amazon ne détaillait ni ses prélèvements ni sa consommation d'eau.

Course à l'IA et soupçons d'ingérence

Le ton du billet est celui de l'urgence. Matt Garman évoque plus de 100 moratoires à l'étude et avertit : « Si ces mesures sont adoptées, les États-Unis pourraient écrire leur propre billet perdant pour cette course, et les conséquences se feraient sentir pendant des générations » (traduction) (TechCrunch). TechCrunch rappelle que New York a annoncé un moratoire d'un an sur les permis des grands data centers. The Verge, qui juge le texte alarmiste, le replace dans un contexte de forte baisse du soutien du public aux projets dans les sondages.

Le dirigeant avance aussi que « de nombreux rapports » évoquent des pays qui sèmeraient de la désinformation aux États-Unis pour freiner la construction. Wired rappelle que ce récit est porté par la Maison-Blanche et des dirigeants du secteur, mais que, selon des experts, il est très exagéré et que peu d'éléments montrent une influence chinoise sur la contestation.

Une transparence encore à vérifier

La portée de l'annonce reste limitée sur un point. Selon Wired, Amazon n'a pas dit si son engagement couvrait aussi ses sous-traitants, alors que les acteurs finaux passent souvent par des intermédiaires : au Texas, un responsable du comté de Wharton a signé un NDA non avec Amazon mais avec le prestataire VisionFirst Advisors, ce qui l'empêchait de détailler le projet du groupe.

La question de fond dépasse le contrat. Pour la militante écologiste Erin Brockovich, citée par TechCrunch, la transparence est la première plainte contre les data centers : elle décrit des « projets annoncés alors que les permis sont déjà obtenus, des promoteurs qui ne rappellent pas, des élus locaux qui ont signé des NDA avant que leurs voisins sachent qu'un projet était envisagé » (traduction) (TechCrunch). Le simple abandon des NDA ne suffira peut-être pas : le patron d'Anthropic, Dario Amodei, parle d'une « crise de confiance », et l'essayiste Jasmine Sun résume la réaction habituelle des opposants face aux arguments des groupes : « je ne les crois pas ».

Sources

Amazon data centers NDA transparence IA