Margaret Hamilton, qui a dirigé le logiciel d'Apollo, est morte à 90 ans
L'informaticienne qui a dirigé l'équipe du logiciel embarqué d'Apollo est morte le 30 septembre 2026. Son approche de la prévention des erreurs a pesé lors de l'alunissage d'Apollo 11.
Margaret Hamilton, informaticienne connue pour avoir dirigé l'équipe du logiciel de vol d'Apollo au laboratoire d'instrumentation du MIT, est morte le 30 septembre à l'âge de 90 ans. Le MIT l'a annoncé le mercredi 7 octobre, selon The Guardian.
Du calcul météo au programme lunaire
Née en 1936 à Paoli (Indiana), elle obtient en 1958 une licence de mathématiques à l'Earlham College. Elle arrive à Boston en 1959 et trouve un poste temporaire au département de météorologie du MIT. Elle y écrit des logiciels de prévision avec Edward Lorenz, et ce travail a ensuite alimenté les publications de ce dernier sur la théorie du chaos, précise le MIT.
En 1961, elle rejoint le laboratoire Lincoln et le projet SAGE, premier système de défense aérienne américain. Elle y découvre la fiabilité logicielle, un sujet alors peu exploré. En 1965, une annonce de journal repérée par son mari la mène au laboratoire d'instrumentation, qui venait de décrocher le contrat du logiciel de vol d'Apollo. « J'ai été la première programmeuse à rejoindre le projet, et la première femme qu'ils ont embauchée », a-t-elle raconté au Guardian en 2019 (traduction). En 1968, elle dirigeait l'équipe du module de commande et de service, et plus de 400 personnes travaillaient sur le logiciel d'Apollo.
La programmation « défensive » à l'épreuve
L'épisode dit de « l'erreur Lauren » illustre sa méthode. Sa fille, alors âgée de quatre ans, avait fait planter le simulateur en lançant par erreur le programme de pré-lancement P01 en plein vol simulé. Hamilton avait proposé une protection, mais elle avait été écartée : des astronautes aussi entraînés ne feraient jamais cette erreur. Pendant Apollo 8, en 1968, Jim Lovell a pourtant lancé P01, ce qui a fait disparaître les données de navigation. Les correctifs ont alors été intégrés.
Son fait d'armes le plus connu date d'Apollo 11, en juillet 1969. Quelques instants avant l'alunissage, l'ordinateur de bord a signalé une erreur 1202 : il était surchargé à cause d'un commutateur matériel défaillant. Le logiciel, conçu par priorités, pouvait abandonner les tâches secondaires pour préserver les tâches critiques. Houston a fait confiance au système et la mission a continué.
« Il est vite apparu que le logiciel ne se contentait pas de signaler un problème matériel : il le compensait, en redémarrant et en rétablissant les tâches les plus prioritaires. Les mécanismes de détection et de récupération d'erreurs étaient venus à la rescousse », a expliqué Hamilton (The Guardian, traduction). En lui remettant la Médaille présidentielle de la Liberté en 2016, Barack Obama avait évoqué cet épisode : « Nos astronautes n'avaient pas beaucoup de temps, mais heureusement ils avaient Margaret Hamilton » (traduction).
Une discipline à faire reconnaître
Après le programme Apollo, le laboratoire d'instrumentation est devenu le Draper Laboratory, indépendant du MIT. Hamilton fonde Higher Order Software en 1976, puis Hamilton Technologies une décennie plus tard. Cette dernière commercialise l'Universal Systems Language, un langage de modélisation centré sur la prévention des erreurs.
Elle a aussi beaucoup œuvré pour imposer l'expression « génie logiciel ». « Quand j'ai commencé à employer cette expression, on la trouvait plutôt amusante. Pendant longtemps, ce fut une plaisanterie récurrente », racontait-elle à El País en 2018, citée par le MIT (traduction). Le logiciel, concluait-elle, a fini par obtenir le même respect que les autres disciplines.
Olivier de Weck, responsable par intérim du département d'aéronautique et d'astronautique du MIT, la décrit ainsi : « Dire que Margaret Hamilton était une pionnière serait un euphémisme dramatique » (MIT News, traduction).
Parmi ses distinctions figurent le prix NASA Exceptional Space Act en 2003 et l'entrée au National Aviation Hall of Fame en 2022. Devenue une icône pour les femmes dans les sciences, elle a vu le code d'Apollo publié sur GitHub en 2015 et une figurine Lego à son effigie sortir en 2017.
Elle laisse sa fille Lauren, son gendre, deux petits-fils, quatre arrière-petits-enfants et ses frères et sœur. Une cérémonie à sa mémoire aura lieu au printemps à Cambridge (Massachusetts).